Ce matin, en me réveillant, j’étais hanté par une vieille chanson de Jacqueline Danno qui se chantait impitoyablement dans ma tête—pas toutes les paroles, bien sûr, car j’avais oublié le milieu—mais le commencement et la fin restaient, très forts, très pénibles. C’était la plainte d’une prostituée vieillissante qui avait perdu beaucoup plus que sa blondeur. L’ouverture en est gaie: « Quand j’étais blonde / Je régnais sur tous les quais des ports du monde/ A Rotterdam, à Liverpool ou bien à Londres. » Mais en voici la conclusion désabusée : « Je vends l’amour mais je ne crois plus/ Les capitaines, ni les marins. »
La blondeur, c’est l’époque où l’on croit—en l’amour, en la vie éternelle, en Dieu. On se vend, alors, à un métier, à un amour, à une amitié, à un parti politique, à un messie quelconque. Du coup, la vie s’enrobe de soleil, de signification, de dignité. Toute prostituée qu’on est, on marche quand même sur le bras d’un beau marin, on est fille de joie, on règne.
Mais viennent alors, et trop vite, les ruptures, les déceptions, les trahisons, les licenciements, les faillites, les maladies. Le marin s’en va ; les cheveux tombent.
Et ce qui reste, c’est la facture. Car la blondeur se paie--et la maison, implacable, n’accepte ni chèques ni crédit.
Il arrive, donc, que nous payons—telle cette ancienne blonde—avec tout l’argent que nous avions si soigneusement ramassé (comme étant notre dû) lors de notre règne : la foi, l’espoir, l’amour…
Non, je ne suis plus blond—mes quelques cheveux sont maintenant blancs—et moi non plus, « je ne crois plus les capitaines, ni les marins… »
Je ne crois plus du tout.
ouch, captain kirk!
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